mardi 13 août 2013

L'art du mouvement

10 avril 2013, à 17:23
Bluto –L’art du mouvement

Elle vit dans une immense maison en grosses pièces de bois, un genre de « cabane auCanada » coiffée d’un toit en aluminium… jaune. Un foyer grouillant devie : trois enfants, deux chiens, trois chats, des oiseaux et un conjoint.Une cuisine où sont suspendus quantité de casseroles et d’ustensiles. Bref, unendroit où on aimerait vivre. Le monde de Marie Linda Bluteau est à sonimage : dynamique, chaleureux et enveloppant.
L’atelier del’artiste est à l’avenant. Un décor de bois et une grande fenêtre, poursurveiller les enfants. D’immenses toiles y reposent, attendant d’êtreadoptées. Les périodes marquantes de la progression picturale de la jeune femmesont nettement visibles. D’abord les nus, sa première collection. Des corpsvoluptueux et bien moulés, peints en camaïeu de teinte café – la couleurfétiche de Marie Linda Bluteau et celle de ses fonds de toile. Puis, les œuvresde la collection Nouvo Bluto, abstraites et contemporaines, composées de formesgéométriques, de contrastes, de textures et de taches rouges. Et, enfin, cellesde la dernière collection, Art Bluto, monochromes, sobres et épurées. Unecréation imposante, pour une si jeune femme!
Je pratique jusqu’à ce quej’atteigne l’essence de chaque tableau.
Fortement inspiréepar les œuvres de Michel Ange, son « maître à penser », l’artistetravaille avec un amalgame de matières et de pigments qui donnent à sescréations un aspect vieilli, craquelé, très particulier, qui rappelle lestableaux des maîtres anciens. Le contraste du style moderne avec le finiantique est tout à fait étonnant et confère à l’œuvre une facture intemporelle,très riche. « J’ai beaucoup travaillé la matière et la transparence pourdévelopper des textures spéciales. Je ne suis pas bien dans le confort,ajoute-t-elle. J’aime ressentir une “délicieuse incertitude” qui me pousse àaller plus loin, à avancer. » Elle se préoccupe, par ailleurs, den’utiliser que des produits écologiques et biologiques dans l’expression de sonart. Un choix qui s’inscrit tout naturellement dans son mode de vie.
LE DESSIN DE SABLE
Depuis avril dernier, son travail d’artiste a pris un nouvel essor grâce audessin de sable, une technique qu’elle a développée à la demande d’une agencede spectacles qui recherchait une artiste du sable. « J’ai tout de suitepensé que je pouvais faire ça. Je maîtrisais déjà le dessin et j’étais à l’aiseavec la matière. » Enthousiaste, elle s’est lancée dans l’aventure. Il nelui restait plus qu’à maîtriser la performance.
Avecacharnement, elle a mis sa méthode au point : selon l’histoire à raconterou le thème à exploiter, elle développe les idées et la séquence, fais lecroquis de chaque tableau et le reproduit sur la table fabriquée sur mesure parson conjoint. « Je pratique jusqu’à ce que j’atteigne l’essence de chaquetableau. » En spectacle, une caméra en plongée reproduit ses gestes sur unécran derrière elle1. Toujours en mouvement, elle lance du sable, esquisse etdessine une histoire, avec rapidité, précision et fluidité. Accompagnée demusique, la chorégraphie devient encore plus expressive. Aucun temps mort, onretient son souffle, et pourtant : « Ça devient comme unerespiration », confie-t-elle.
LE SPORT ET L’ART
Femme polyvalente, Marie Linda Bluteau pense que l’art et l’activité physiquevont de pair. « Les deux se nourrissent mutuellement. Si je me lance àfond dans une activité, si je marche, je cours ou je fais du jogging, çastimule mon esprit, mon intelligence et ma créativité. Le mouvement crée unesynergie qui me donne l’équilibre nécessaire pour pratiquer mon art. » Ceressourcement continuel lui permet de créer. Elle renchérit :« D’ailleurs, quand je peins c’est très physique. Comme je réalise degrands formats, ça demande un effort et j’ai besoin d’être en forme. » Pourl’artiste, végétarienne, la santé, la forme physique et l’écologie, c’est unmode de vie. « Je ne peins pas quand je ne me sens pas bien. Je ne veuxpas transposer d’énergie négative sur mes œuvres. »



L’ÉTUDE ET L’ENSEIGNEMENT
Hors de sonfoyer et de son atelier, l’école et l’université constituent ces principauxpoints d’ancrage. Elle y retrouve une ambiance familiale qui la réconforte.D’ailleurs, Marie Linda planche actuellement sur un baccalauréat en éducationphysique, en plus d’enseigner l’art aux niveaux primaire et secondaire, à tempspartiel. « Le bac s’inscrit dans la continuité de ce que je suis, de monstyle de vie sain et actif. J’adore enseigner l’art, mais le sport, encoreplus », commente-t-elle. Accumulant les diplômes, elle projette decommencer ensuite un autre baccalauréat en enseignement de l’anglais auprimaire… « Étudiante ou enseignante, l’école c’est ma famille. »
Telle unecourroie de transmission d’énergie, la sportive et l’étudiante puisent d’uncôté ce qu’elles redonnent de l’autre à l’artiste et à l’enseignante. Et il enva probablement de même pour la femme et la mère. Comme dans ses performancesd’artiste du sable, le mouvement est continu et régénérateur, et chaque tableaune laisse rien présager du suivant. Dans la vie de Marie Linda Bluteau, unevague perpétuelle rejette du sable sur sa table de travail. Alors, elle dessinela scène suivante.
Écris par : SYLVIE LAMOTHE
PHOTOGRAPHIES : CHRISTYNA MÉRETTE